SA SCULPTURE 

3 visions d'artistes


Par Olivier Bataille, sculpteur

Née en Hollande en 1963, Saskia van der Made garde de son enfance au bord des lacs Frisons, le goût de la nature que l'on retrouve dans les formes organiques de sa sculpture. Son père, charpentier de marine, lui transmet l'amour de la matière, des volumes et "de la belle ouvrage".
C'est en 1992 à Carrare en Italie qu'elle découvre ce que peut apporter à son tempérament d'artiste, le travail du marbre en taille directe. Elle fréquente quelques ateliers à Amsterdam et en France mais son individualité fait d'elle une autodidacte.
La noblesse et la dureté du marbre la conforte dans sa volonté d'exprimer l'essentiel d'une nature secrète omniprésente dans son esprit. Son tempérament s'affirme au travers d'une sculpture abstraite dont les courbes dégagent une sensualité toute féminine.
Ce qui la motive dans sa recherche, c'est aussi cette dualité entre l'artiste et la matière qui donne naissance à l'oeuvre dans une totale liberté, comme une gestation, jusqu'à son achèvement qui laisse l'être dans un sentiment de plénitude et d'accomplissement.
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Par Catherine Brousse, imagière

Enfant, Saskia vit au bord d'un lac. Sur le bateau du père, elle regarde les eaux qui se fendent et jaillissent de chaque côté de la proue.
Mouvement et fluidité. Rêverie, méditation.
Puis vient la pierre, la roche arrachée à la montagne, à la carrière. Travail sur la dureté, l'inertie, la masse, le poids. Confrontation, action.
Dans le marbre ou l'albâtre chercher la douceur, la légèreté, le point de fuite, la ligne d'horizon.
Choisir la laiteuse clarté ou l'insondable lustre du noir. Partir de l'origine, de la goutte, forme lisse qui coule, glisse, s'envole ... larme qui devient flanc d'animal ou de barque fendant l'air ou l'eau, aile, nageoire ...
Jouer sur le pesant et le fluide, sur le poli et le brut. Passer de la rugosité au lisse, de l'Autre à l'Un, tectonique du couple qu'il faut sans cesse apprivoiser. Pierres qui se meuvent, masses qu'un rien ferait tanguer. Travail sur la mobilité: que la pierre rejoigne le vivant, le lac du désir!

Elle voudrait être l'eau même, qui à l'infini polit ses galets ... et c'est à l'arête vive de ses angles qu'il faut chercher l'aspérité, l'altérité, qui rappelle que la pierre fut coupée, fendue, abrasée ... en un mot, sculptée.
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Par Christophe Forgeot, poète

Apprentie de la grâce

Sur le corps des pierres
Le geste fluide des courants
Ponce la surface du temps

Sans relâche
Le papier de verre de ton regard
Embellit les veines du monde minéral
Décèle la ligne fragile d'un soupir marin
Elève la sensible nageoire d'un bloc
Dans le reflet du ciel

Sans habitude
Apprentie de la grâce
Le mouvement filant de l'eau
Sur la pointe des doigts
Propulse mes mots du fond des forces

Jusqu'à la légèreté du marbre

Apprentie de la grâce
Les éclairs du marteau
L'énergie appuyée du burin
Le polissage brutal de la meule
Révèlent l'écume des masses
Le galbe nutritif des formes
Et la poussière soufflée des étoiles.

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